J'ai fini par lire "nos étoiles contraires", ce livre dont jai d'abord vu les pubs pour le film, que jai choisi d'ignorer ; puis dont j'ai écouté la BO ; avant d'acheter le bouquin pour le laisser mariner des semaines avant de l'ouvrir.
Je ne suis pas fan de ce livre.
Les principaux protagonistes sont vifs, intelligents, courageux ; ils ont tout pour plaire, si ce n'est leur cancer ; il y a de magnifiques citations, d'autres un peu moins, et meme des références intellectuelles à des concepts que jai appris et j'avais oubliés.
Mais je ne suis pas fan de ce livre.
En lisant la quatrième de couverture, je m'attendais à être renversée par un TGV lancé à pleine vitesse, submergée par l'extase d'une révélation sur une vérité insoupçonnée.
Ca n'a pas été le cas.
Au fond, c'est surtout un livre sur l'apprentissage de l'absence. L'absence palpable d'une personne à part entière, avec ses rêves, ses désillusions, ses voies de communication propres ; l'absence d'un univers unique qui brusquement s'éteint et dont on ne pourra plus jamais palper l'essence.
Je connaissais déjà cette vérité.
Avant, quand j'étais moins avancée dans mon cursus, je me demandais pourquoi les patients me regardaient comme ils me regardent et je ne comprenais pas non plus pourquoi ils me remerciaient. D'être moi, la énième étudiante venue poser "une petite main sur leur ventre" comme je leur dis, moi la toute petite chose dans la hiérarchie de l'hôpital, moi qui finalement ai beau être en sixième de médecine, j'ai toujours l'impression d'en être à mes balbutiements.
Et puis j'ai compris.
Jai compris grâce à deux patients en particulier, qui ont eu le mauvais goût de mourir, et l'on pourrait ajouter avec la quintessence de l'humour noir "mais ont au moins eu le bon goût de le faire parmi une flopée d'autres". Je ne détaillerais pas leur histoire ; c'est peut être ma manière à moi de rendre hommage à la personne qu'ils étaient, et non à l'être moribonds qu'on finit par voir à leur place.
Jai compris - attention prétention que dégage ce passage - qu'ils me remerciaient de les voir. Les voir vraiment, eux. Pas comme le 50eme malade d'une journée aux urgences, ni comme un enquiquineur qui vient parce qu'il ne sait pas si c'est grave, ni comme celui qui ne comprend pas sa maladie.
Je crois (j'espère ?) qu'ils perçoivent que je ne vois ni en eux un être inférieur, ni une mouche qu'on a vite envie d'écarter de soi, ni en moi une sommité infaillible. Mais simplement deux êtres humains, avec leurs failles, leurs faiblesses.

Et donc, à l'encontre de tout ce que de grands patrons ont voulu m'inculquer jusque là, je reste persuadée que l'important, en médecine, ce n'est pas de savoir : c'est de voir.